« Lore » : pourquoi on raconte sa vie comme une saga
Le mot vient des jeux vidéo et des univers de fiction. Aujourd'hui, on parle du « lore » de son groupe d'amis, d'un prof, de soi-même. Raconter sa vie comme une saga, ça aide vraiment à prendre du recul — jusqu'au moment où l'on se met à écrire pour le public.
Le mot vient des jeux vidéo et des grands univers de fiction : le « lore », c'est l'ensemble des histoires, des détails et des vieux épisodes qui donnent sa profondeur à un monde inventé. Puis il a glissé dans la vraie vie. On parle désormais du « lore » de son groupe d'amis, du « lore » d'un prof, de son propre « lore » — cette collection d'anecdotes, de surnoms et de vieilles bêtises que seuls les initiés comprennent.
Chaque groupe est un petit univers
Il suffit d'écouter deux amis de longue date pour s'en rendre compte : ils parlent une langue à eux. Une phrase sans intérêt déclenche un fou rire, un prénom revient sans explication, un objet banal a manifestement une histoire. C'est exactement cela, le lore : des références accumulées qui ne veulent rien dire à l'extérieur et tout dire à l'intérieur. Nommer ça « lore » plutôt que « souvenirs », c'est reconnaître qu'une bande d'amis fonctionne comme un univers de fiction, avec ses personnages récurrents, ses épisodes fondateurs et ses blagues qui ne meurent jamais.
Se raconter comme un personnage
Le glissement devient plus intéressant quand on applique le mot à soi. Dire « ça, c'est mon lore », c'est prendre un peu de recul sur sa propre histoire : les erreurs deviennent des épisodes, les périodes bizarres deviennent des chapitres, les échecs deviennent des origines. Cette mise à distance a quelque chose de sain. Se voir comme un personnage dont l'histoire continue est bien plus supportable que se juger sur un seul instant précis — un mauvais chapitre reste un chapitre, et il en reste toujours à écrire.
Attention à ne pas écrire pour le public
Le risque, c'est de finir par vivre en pensant au récit. Choisir une expérience parce qu'elle fera une bonne histoire, transformer chaque contrariété en épisode à raconter, entretenir une brouille parce qu'elle fait un bon personnage : à ce moment-là, le lore ne raconte plus la vie, il la dirige. Et le plus beau lore n'a de toute façon jamais été écrit pour être publié. Il se construit tout seul, entre gens qui étaient là, et il ne se comprend qu'à l'intérieur — c'est précisément ce qui lui donne sa valeur.
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