« Tout est devenu une esthétique » : le règne des « -core »
Cottagecore, gorpcore, weirdcore… On dirait qu'il suffit désormais de coller « -core » au bout d'un mot pour inventer un style. Derrière la blague, ce petit suffixe raconte une vraie façon de se ranger, de se reconnaître et parfois de s'enfermer. On décrypte.
À un moment, tout s'est mis à finir en « -core ». Une ambiance douce à la campagne ? Cottagecore. Des vêtements techniques de randonnée portés en ville ? Gorpcore. Une esthétique volontairement bizarre et un peu nostalgique ? Weirdcore. Le suffixe est devenu une machine à fabriquer des styles : il suffit de le coller au bout d'un mot pour transformer une vague sensation en catégorie identifiable. C'est amusant, un peu absurde, et pourtant ça dit quelque chose d'assez profond sur la manière dont on range le monde aujourd'hui.
Un suffixe qui transforme une ambiance en case
L'idée de « -core » vient d'un besoin très humain : donner un nom à ce qu'on ressent pour pouvoir le partager. Avant, on aurait dit « j'aime les trucs cosy et un peu vieillots ». Maintenant, un seul mot suffit, et il vient avec toute une galerie d'images dans la tête : couleurs, objets, musiques, façons de filmer. Nommer une esthétique, c'est en faire un raccourci. On gagne du temps, on trouve plus vite des gens qui aiment la même chose, et une simple humeur devient une petite culture avec ses codes.
Se ranger quelque part, c'est se dire à soi-même
Il y a une raison pour laquelle ces étiquettes marchent aussi bien à l'adolescence et au début de l'âge adulte : c'est le moment où l'on cherche à savoir qui on est. Se reconnaître dans une esthétique, c'est une manière douce de se définir sans avoir à tout expliquer. On teste un style comme on essaie un manteau, on garde ce qui colle, on abandonne le reste. Le « -core » offre un vocabulaire pour dire « voilà l'ambiance qui me ressemble en ce moment » — avec, en prime, le plaisir de tomber sur des inconnus qui rangent leur chambre, s'habillent ou décorent exactement comme on en rêvait.
Le revers : quand la case devient une prison
Le piège commence quand l'étiquette se met à décider à ta place. Se demander « est-ce que ça rentre dans mon esthétique ? » avant même de savoir si on aime vraiment, c'est laisser une case choisir nos goûts. Or personne ne tient dans un seul mot : on peut aimer le calme d'un décor cosy le matin et un truc bruyant et bizarre le soir. Le bon usage des « -core », c'est de s'en servir comme d'un jeu et d'un point de départ, pas comme d'un uniforme. Une esthétique est là pour t'aider à explorer ce qui te plaît — pas pour te dire ce que tu as le droit d'aimer.
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